27 février 1980 – 23 décembre 2010
Mon épouse et moi venons de partager avec la plupart d’entre vous plus de 30 ans au Restaurant « Le Pont de Brent ».
Mes pensées se chevauchent, trop de souvenirs, trop de nostalgie… j’essaie de trier, de remettre un peu d’ordre et je me souviens…
Quel chemin nous avons parcouru !
Un chemin fait d’événements, de satisfactions, de reconnaissances.
Une vie de travail faite d’amitié, de fraternité mais aussi des moments difficiles qu’il a fallu surmonter.
Une vie professionnelle débutant avec un apprentissage a Dinan en 1963 puis les hasards de la vie m’ont amenés a Verbier en 1966 pour une saison d’hiver avant d’effectuer 16 mois de service militaire en France.
Durant celui-ci, mon patron de l’époque M. Richoz me demande de revenir en Suisse à « Mon Moulin » à Charrat.
Je dois préciser pour la petite histoire qu’il m’envoyait de temps à autre une boîte de chocolats et un billet de 50 francs.
Fin 1968, retour en suisse à « Mon Moulin ». Dans mon esprit, c’était pour 1 année mais je ne la quitterai plus et resterai 9 ans à Charrat. Pendant ce temps, je fis la connaissance de ma future épouse.
Durant cette période, ayant quelques ambitions, je fis de nombreux concours de cuisine.
Puis vint le temps de grandir, d’amorcer un virage et d’exploiter notre propre établissement.
En 1978, nous arrivons dans le canton de Vaud pour ouvrir « l’Auberge de Veytaux » avec un certain succès.
Fort de cette réussite, la BCV nous proposa l’achat du « café du Pont à Brent » en empruntant 92 % de la somme, 8 % à ma famille, le reste était à nous !
Après plus d’une année de travaux, le Pont de Brent ouvre le 27 février 1980.
Dès ce jour, j’ai essayé de faire prospérer notre maison pour en faire un haut lieu de la gastronomie suisse.
Nos efforts furent récompensés en 1988 en obtenant 19/20 au GaultMillau et l’apothéose avec les 3 étoiles Michelin en 1997. Distinction que j’ai partagée avec Philippe Rochat pendant 13 ans.
Comme je dis souvent « C’est facile d’être bon, le plus difficile c’est d’être bon longtemps !»
J’ai essayé de remplir ma vie professionnelle comme un sacerdoce fait de passion ou partager un repas est un signe de convivialité.
Je suis heureux d’avoir eu des clients de toutes conditions sociales qui m’ont fait confiance.
Nous arrivons au terme de notre parcours et je ne nie pas le caractère difficile de cette décision.
L’année 2010 marque un tournant dans notre vie (la retraite, on en rêve mais je la redoute !).
Sincèrement il y a un vrai pincement au cœur.
C’est une page de notre histoire qui se tourne, qui s’achève, l’histoire d’une passion.
Je ne quitte pas ce métier par contrainte. il faut mieux s’arrêter en haut de l’affiche…
J’ai besoin de nettoyer mon esprit, de réfléchir, de trouver un autre but, une nouvelle énergie.
Après avoir cuisiné journellement pendant 47 ans intensément, je veux choisir mes journées, écrire un nouveau chapitre à ma vie.
Sachant que je ne suis pas devenu cuisinier par vocation, la cuisine a été au cœur de ma vie, mais elle n’est pas toute ma vie. il faut savoir servir et s’arrêter.
La gloire, c’est comme les nuages, on ne peut pas la garder sous son oreiller.
Je remercie sincèrement tous ceux a qui je dois cette carrière.
Merci à vous, mes amis de la cuisine dans laquelle j’ai eu le privilège de côtoyer des chefs d’exception avec lesquels j’ai partagé des moments rares et tissé des liens d’amitié.
Je pense particulièrement à Fredy Girardet, le plus grand d’entre nous, il a été un précurseur. Sans avoir travaillé avec lui, il m’a donne envie d’aller plus loin. il a été mon fil rouge tout au long de ma vie.
Je pense aussi à mes amis Roland, Philippe, André, Orlando, Carlo, Edgar entre autres.
A tous mes cuisiniers, merci ! Formateur, j’ai essayé de l’être sachant que l’on ne fait rien tout seul et voulant faire partager mon savoir-faire à des dizaines de cuisiniers.
J’ai essayé de transmettre mes valeurs : l’exigence, l’amour du travail, le partage du savoir, l’authenticité, le gout du bon et du beau.
Ces cuisiniers qui pour la majeure partie ont continué dans la profession et font un beau parcours, sachez que j’en suis heureux, « j’espère avoir été un exemple pour eux ».
Merci à tous mes collaborateurs qui m’ont épaulés et subis durant toutes ces 30 années et qui ont participés à l’évolution de notre maison et qui ont joué un rôle même modeste.
Merci à tous mes fournisseurs pour leur disponibilité durant toutes ces années, je ne les ai pas épargnés par mes exigences.
Mes meilleurs vœux de réussite à Stéphane et Stéphanie qui vont prendre le relais à la tête du Pont de Brent. Le sillon est tracé. Je leur souhaite beaucoup de succès et de satisfaction. Je leur dis seulement :
« Il faut bien que les choses changent pour que tout reste comme avant »
A vous tous mes clients et amis que je ne peux citer, qui me suivent depuis le début de notre carrière sachez que vous resterez cher à mon cœur et que vous faites partie des ombres précieuses du Pont…
J’aimerai également rendre un hommage particulier à mon épouse qui m’a permis de me consacrer plus que de raison à cette carrière, qui a accepté mes choix alors qu’ils entrainaient des bouleversements familiaux. je veux lui dire, que sans elle, tout aurait été plus difficile.
Sachez qu’en près de 33 ans elle a été absente en tout qu’une quinzaine de jours dont 8 pour la naissance de Guillaume…
Savez-vous qu’elle a fait plus de 1000 bouquets de fleurs, plus beaux les uns que les autres. Elle est en tout point remarquable.
Merci à vous tous de nous avoir fait confiance. Nous aimons nos clients et espérons vous croiser sur d’autres chemins.
Merci à vous qui avez fait l’histoire du Pont de Brent.
Bonnes fêtes de fin d’année.











